6ème temps

                   L’oiseau de Minerve

 

    Ficot n’est plus un vivant ordinaire. Sa geste artistique l’a porté loin des rives terrestres. Ficot a son séjour dans le ciel, une poche où il habite seul, en quelque sorte, un second ciel. Il n’est ni homme, ni femme, ni corps, ni voix. Juste présence.

         La sixième demeure.

    Son monde intérieur comprend de nombreuses et ravissantes étoffes qui sèchent au vent des étoiles. Pantalons et complets de tissu fleuri. Les écailles de sa vie d’homme. Dieu les a fait choir. L’homme est aussi nu qu’au premier jour, lorsqu’il exhibait Grosses Couilles, son sexe énorme.

                Mais sa nudité est aujourd’hui spirituelle.

   Ficot n’est plus porteur d’une intériorité cachée. Son âme est pelée, d’une simplicité désarmante ; toute offerte au voir.

                    Le cycle est achevé.

   Souvent, Ficot a le cafard. Il se sent appelé à rentrer en son centre-même, sa coquille, pour coïncider avec soi.

   Il habite alors une cache mobile. Une tente. Il  y croît par la foi et  perçoit l’existence par la vue intérieure.

 

   Ficot habite l’essence. Il est seul avec le monde. On le visite sans s’attarder. Son âme est dans un étonnement qui grandit tous les jours. Pour l’instant, il a beaucoup plus de facilité qu’auparavant à vivre.

           Mais il lui semble, aussi, qu’il ne s’est jamais senti aussi seul.

      Il conserve pendue au plafond, dans une enveloppe de glaise, le passage de l’Évangile où Notre Seigneur annonce qu’il viendra.

                        Mais il ne viendra pas.

   La fin des temps sera là avant. Une femme enveloppée par le soleil avec la lune sous ses pieds. Après avoir surmonté nombre d’épreuves pour sauver l’univers, Ficot se réfugiera dans son cabinet intérieur. A nouveau.

                                         Et il se sentira perdu.

       Alors il va redescendre et reprendre le cycle.

            Il a déjà jeté ses amorces au sol, pour reproduire  l’enracinement…et s’en déprendre à nouveau.

 

         C’est à la tombée de la nuit que l’oiseau de Minerve reprendra son envol.

 

Aude-Emmanuelle HOARAU